Tut-tut!

Tut-tut!, Yuichi Kasano, 
éd. L’école des loisirs, dès 1 an.

Pour les fans de véhicules et des trois petits cochons! Mr Bus rouge vient chercher les porcelets et tut-tut! c’est parti… Oh, coucou la moto! Oh, coucou le taxi! Oh, coucou le camion! Oh, coucou maman! À demain le bus!

Petit livre cartonné, jolies images colorées et graphiques sur fond blanc, histoire simple et linéaire, répétition, bref, tous les ingrédients d’un grand classique pour bébés. J’en connais qui vont la lire encore et encore et encore…

Et…PAF!

 Et… PAF! Un livre qui claque,

Gwendoline Raisson & Ella Charbon,

 éd. Nathan, dès 1 an.

Attention, ça va dégommer, le duo Raisson Charbon a encore frappé, PAF! Un album tout carton onomatopéique qui claque! Sur le mode deux images additionnées engendrent un cri ou un bruit: un éléphant + une petite chaise = CRAAAC!, une flèche + une cible = ZBOIIING…

Il y a de tout: du gentil et du méchant, du tout doux et de la grosse bêtise, du quotidien et de l’exceptionnel, de la malchance et du catastrophique et le tout est assaisonné d’humour, alors pourquoi se priver! À lire à vos petits avec toutes vos tripes de comédien et c’est rires garantis!
Ah, au fait, une pensée émue pour les pauvres dinosaures…

Autres albums du duo Gwendoline Raisson & Ella Charbon:

Découvrez  Dodo, Super! et Bobo, Super!

Le temps des Mitaines

Loïc Clément & Anne Montel, éd Didier Jeunesse, coll. BD, dès 8 ans

Oui, c’est vrai, c’est de la BD mais c’est aussi un magnifique album jeunesse. Un très grand coup de cœur! Que dis-je, un énooorme coup de cœur! Loïc Clément nous offre un scénario léché, poétique et plein de suspens: un village miniature fait de cafetière, de pots de miel et de confiture, de canettes et de briques de lait, d’un vieux gramophone et de vieilles conserves. Les habitants de ce village, situé dans une vallée lointaine, sont des animaux qui ont tous un pouvoir magique propre. Au milieu du village, une école: « Les Mitaines ». Au sortir du village, une forêt dense où des ombres inquiétantes rôdent. Cinq enfants: Arthur l’ourson dont le pouvoir ne s’est pas encore révélé, Willo la luciole qui brille quand elle a peur, Gonzague l’escargot qui est l’intello de la bande, Pélagie la souris qui parle et réfléchit ensuite et enfin Kitsu, la renarde, forte, belle et secrète.

Ces cinq-là vont mener l’enquête quand des élèves commencent à disparaître… Mais bien sûr, il y a aussi les histoires dans l’histoire: histoires de famille, histoires d’école, d’amitié et puis d’amour… Un petit bijou de scénario!

Et puis, il y a l’illustration d’Anne Montel (Le crafougna  Shä et Salomé: jours de pluie, déjà avec Loïc Clément). Anne Montel, c’est tout un univers dont je suis archi-fan. Et puis, elle aime les renards alors forcément! Donc, plume et encre de chine pour la ligne claire et aquarelle pour la couleur. Et quelle couleurs! Anne Montel est une coloriste de génie. Et puis, le détail dans les décors, dans les arrière-scènes qui permet souvent de lire deux histoires dans la même case. Merci aussi pour l’appendice à la fin avec tous les personnages secondaires, les univers et les étapes de création des cinq enfants. Bref, vous l’aurez compris, c’est un petit chef d’oeuvre, un trésor à savourer, une friandise d’exception!

Autres tomes de la série :

Anton est-il le plus fort?

Anton est-il le plus fort?, Ole Könnecke, 

éd. L’école des loisirs,dès 3 ans.

Haaaa, la surenchère…, les « c’est moi le plus fort », un thème universel, hum? Anton et Lukas n’y échappent pas! Un concours de force de l’imaginaire propre à l’enfance. Toujours plus: plus lourd, plus fort, plus de bruit, plus courageux, plus… Hiiii, y a un chien! vite en haut de l’arbre! Fin de partie? C’est mal connaître Anton!

Dans un jardin

Dans un jardin, Atak, 

éd.Thierry Magnier, dès 3 ans.

Un livre grand format aux pages cartonnées, un album de toute beauté riche des peintures pleines et colorées d’Atak, mélangeant poésie et clins d’œil humoristiques cachés sous les volets à soulever. Une promenade dans le silence d’un jardin qui s’éveille, une balançoire qui grince, les saisons qui passe au rythme de ce havre de paix peuplé par les animaux et visité par les hommes.

Maximiam

Maximiam, Dorothée de Monfreid, 

éd. L’école des loisirs, dès 3 ans.

C’est un album qui serait, tu vois, un mélange d’aventure et de suspens et que ça fait même un peu peur (j’ai même fait « Hiiiii! » en cachant mes yeux). L’histoire, c’est celle d’Arnold dont la maman est vétérinaire pour les animaux dangereux et elle n’a peur de rien, sa maman, même pas des tout gros serpents. Elle laisse Arnold tout seul pour une urgence au zoo: un léopard qui a mal au dent. C’est long à soigner un léopard et Arnold, il a faim. Oui mais, il n’y a plus rien dans les placards, ni dans le frigo. La seule chose mangeable qui reste c’est du « Maximiam » pour animaux: « Spécial maxifaims ». Parfait pour Arnold mais, pourquoi, ô pourquoi n’a-t-il pas respecté la notice! Elle disait bien pourtant « Attention: ne jamais utiliser plus d’une cuillère de poudre à la fois. DANGER. »

Un vrai régale cet album! Gros succès auprès des petits aventuriers dans l’âme (mais pas trop!).

Et si?

Chris Haughton, 

éd. Thierry Magnier, dès 3 ans.

Youpie, un nouveau Chris Haughton! Nous sommes fébriles à l’idée de retrouver l’esprit frondeur de cet auteur-illustrateur irlandais, ses aplats de couleurs franches et ses illustrations à l’expressivité percutante. 

Décidemment, les personnages de ses histoires n’apprennent rien du tout et encore moins de leurs erreurs (« Mais tu le fais exprès ou quoi! »), ils finissent souvent par retomber (au propre comme au figuré) dans leurs travers: la maladresse du petit hibou (Un peu perdu), l’enthousiasme destructeur de George le chien (Oh nonGeorge!), sans parler du manque de subtilité des trois chasseurs (Chut! on a un plan).

Cette fois-ci, nous suivons trois petits gibbons qui ont du mal avec le principe de précaution et les interdictions. Maman a dit « Quoi qu’il arrive ne descendez PAS près des manguiers. Il y a des tigres là-bas! » Dites, les singes, « Qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans cette phrase, hein? » Oui, mais curiosité… oui mais gourmandise… oui mais braver l’interdit… Alors et si? Et si nous ne faisons que regarder, que nous approcher, la voie semble dégagée…

Aïe aïe, arrêtez! Vous ne voyez pas les tigres embusqués? Hiiii, vous allez vous faire dévorer, je n’ose plus regarder! Vite, fuyez, grimpez!

Ouf, ils ont eu chaud aux fesses les ouistitis! Plus jamais, ils ne désobéiront, m’est avis. Quoi que.. qui a parlé d’un bananier?

Chris Haughton, il élève nos défauts au rang d’art et à la fin de l’histoire, c’est votre petit singe à vous qui criera « Non mais il sont bêtes ou quoi! »

Autres albums de Chris Haughton:

Oscar et Albert

 Oscar et Albert,

Chris Naylor-Ballesteros,

éd. Kaléidoscope, dès 3 ans. 

Oscar c’est le renard et Albert l’ours. Albert est le meilleur ami d’Oscar et adore jouer à cache-cache, jeu pour lequel il se croit très fort mais pour lequel il ne l’est pas du tout: Oscar le trouve à tous les coups (faut dire aussi, ce n’est pas facile de se cacher quand on est un gros ours)! 

Bref, Albert aimerait vraiment gagner au moins une fois mais Oscar aime vraiment gagner aussi… Cette fois, le renard lui accorde plus de temps, il va compter jusqu’à cent! 

À l’instant fatidique, que va choisir Oscar, la victoire ou rendre heureux son meilleur ami? Être le premier dans son cœur ou être le premier tout court? 

Et puis, tu critiques sa tactique mais quand vient ton tour de te cacher, tu fais moins le malin, hein le goupil!

Autre album coup de cœur :

Le petit monde de Nour

Le petit monde de Nour

Jérôme Ruillier & Isabelle Carrier, 

éd. Saltimbanque, dès 3 ans.

Parfois il suffit d’un câlin inattendu et spontané pour chasser le chagrin accumulé. Nour est une petite fille joyeuse et sautillante, une petite fille qui rêve, danse et rit pour un rien, un petit soleil qui vit dans son monde sans écouter les autres…

… et les autres n’aiment pas ça. Ils trouvent ça « bizarre », alors ils se moquent ou se fâchent et sèment dans le cœur de Nour une petite tristesse qui l’engloutit toute entière.

Nour qui était lumière à l’état pur (comme son nom l’indique d’ailleurs) devient brouillard. Il suffit alors, pour que le gris s’en aille, qu’un petit garçon, rêveur lui aussi, entre dans le monde de Nour…

Un nouveau sujet abordé avec la subtilité et la délicatesse habituelles aux auteurs. Isabelle Carrier donne, comme elle le fait avec les sujets délicats ou rarement abordés dans la littérature enfantine, une douceur et une simplicité qui va à l’essentiel du propos. 

Autres albums illustrés par Isabelle Carrier :

Voleuse

Lucie Bryon, Sarbacane, dès 15 ans.

Elle, c’est Ella: cheveux noirs courts, look à la garçonne, visage expressif, oreilles décollées qui lui donnent des allures de ouistiti. Ses parents on été mutés à l’étranger alors, pour ne pas perturber sa scolarité, ils l’ont installée dans un studio où elle vit seule avec ses poissons rouges. Sa meilleure amie c’est Leslie: long cheveux blonds, chemise à carreaux, bottes, attitude rebelle, experte en sarcasme. C’est l’année du bac. Ella aime fumer, boire, s’incruster avec Leslie à des fêtes auxquelles elles ne sont pas invitées et brosser les cours. Enfin… jamais le jeudi parce que le jeudi, à le première heure, elle observe Madeleine: cheveux châtains ondulés coupés au carré, grandes lunettes, discrète (très), gentille (trop) et de toute évidence pas trop douée pour les études.

Chaque fois qu’Ella regarde Madeleine, le sentiment qu’elle éprouve la bouleverse. Elle devrait se déclarer seulement voilà, pour se marrer tout va bien mais pour gérer ses émotions, il n’y a plus personne

Un soir, lors d’une de ces fêtes squattées dont elles ne connaissent même pas l’organisateur, Ella tombe sur la timide Madeleine, échange quelques mots en rougissant, boit plus que de raison, vit une expérience psychédélique dans une des chambres de l’immense maison et se réveille le lendemain chez elle avec des objets qui ne lui appartiennent pas!

 Elle mute en kleptomane quand elle est saoule? C’est nouveau ça! Soudain, on sonne à la porte: c’est Madeleine. La belle demeure de la veille, c’était chez elle.

Voilà pour le pitch. Alors, oui, ce sont deux filles qui s’aiment mais ce n’est pas le propos de l’album. Je veux dire, ce n’est pas un livre sur l’homosexualité. Le couple central aurait très bien pu être hétéro sans que cela ne change rien à l’histoire. Non, ce magnifique roman graphique parle d’amour vrai (celui qui unit Ella et Madeleine), le genre d’amour qui fait grandir, devenir le meilleur de soi-même, qui offre un cocon de sécurité suffisant pour admettre ses ombres, les partager et les affronter ensemble. 

L’album parle de cette période chaotique qu’est le passage à l’âge adulte, il parle des mécanismes que l’on peut mettre en place pour apaiser les blessures de l’enfance et de l’adolescence. Il parle enfin d’amitié (celle qui unit Ella et Leslie), de ces amitiés profondes, faites de tolérance, de franchise, de compréhension, de soutien indéfectible et d’entraide. Tous ces thèmes sont traités avec beaucoup d’humour, de tendresse, d’authenticité et sont portés par une conception graphique originale, découpée, comme un roman, en chapitres qui sont soutenus chacun par un code couleur, offrant différentes perspectives: l’histoire vue par Ella (orange) puis par Madeleine (safran) et enfin vécue ensemble par leur couple.

Le dessin flirte avec l’esthétique du manga. Les sensations, les états psychique et alcoolique sont rendus par des « effets spéciaux » à la Amélie Poulain: voix off, pensées parasites et métaphores graphiques. Quand Ella est submergée par une émotion intense au risque de s’y noyer, la vague est réelle, la classe ou le studio sont sous eau. 

Le cadrage est léché, la mise en page dynamique: un gros plan sur une nuque, sur des mains jointes aux doigts entrelacés suffisent à traduire ce que les mots ne peuvent exprimer. 
Bref, un gros coup de cœur, un coup de fraîcheur, un coup de bonheur.