Bea Lema, éd. Sarbacane, dès 18 ans – adulte

Comment grandir avec une maman psychotique?
Quand Vera était petite, sa mère, Adela, disait qu’un démon hantait l’appartement, tambourinait dans sa tête, la touchait pendant la nuit, l’obligeait à rester au lit plusieurs jours d’affiler et cela, malgré ses efforts pour maintenir un semblant de normalité. Quand le démon se calmait, c’est qu’il était chez les voisins ou dormait, toute la famille devait alors faire silence. La paranoïa, la jalousie, la suspicion maladive et l’obsession religieuse font fuir le grand frère de Vera et signent l’abandon du père qui baisse les armes et se réfugie dans le travail. Vera grandit et devient la maman de sa maman, une mère qui souffre d’être ce qu’elle est sans comprendre pourquoi. Petit à petit, l’origine familiale de sa maladie et l’élément déclencheur qui l’a fait basculer sont mis à jour, permettent de poser un diagnostic et, au détour d’internements, de trouver un traitement. Vera devient alors la garante de la bonne prise de la pillule quotidienne et indispensable, mettant sa propre existence en pause. L’amour de Vera pour sa mère est plus fort que tout mais doit-elle s’empêcher de vivre, construire, voyager et fonder sa propre famille?


Cette histoire forte, juste et poignante, racontée à hauteur des yeux d’une enfant, puis d’une adolescente et d’une jeune adulte, est portée par une illustration originale. Celle-ci alterne un trait enfantin au feutre de couleurs vives, ou en grisaille faisant écho à la narration, et des scènes brodées.

La couture est l’art qu’Adela a appris de sa propre mère et a transmis à sa fille. Cette illustration à l’aiguille (au fil noir pour la plupart) est terriblement expressive et, comme un hommage à cet héritage féminin, intervient pour raconter la jeunesse d’Adela. Entre les illustrations au feutre et à l’aiguille, s’insèrent aussi les rapports des médecins et des psychiatres.



« Des Maux à dire » est un roman graphique autobiographique exceptionnel et dur mais empli de couleurs et de lumière car il narre aussi une double résilience et un amour filial indéfectible.


